Mortalité infantile en France : le rapport choc de l’IGAS

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Actualité santé 18 août 2026
1 actualité santé aujourd’hui
Il y a des rapports qu’on préfère laisser au fond d’un tiroir. Celui de l’Inspection générale des affaires sociales y est resté 7 mois. Il vient enfin de sortir, et le voyant est au rouge : la France se retrouve au 23e rang européen pour la mortalité infantile, avec plus de 4 bébés sur 1 000 qui meurent avant leur premier anniversaire. Que se passe-t-il vraiment ? Et que propose ce rapport pour inverser la courbe ?
✦ En bref
  • En 15 ans, la France est passée de la 3e à la 23e place européenne pour la mortalité infantile.
  • En 2024, 4,1 bébés pour 1 000 meurent avant 1 an, contre 3,3 ‰ en moyenne dans l’UE et 2,5 ‰ en Italie ou au Portugal.
  • Trois causes principales : grossesses plus tardives, grossesses multiples, inégalités sociales et territoriales.
  • La préconisation du rapport : mieux suivre les grossesses à risque, pas fermer davantage de maternités.
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La France décroche : un recul préoccupant depuis 15 ans

On citait la France en exemple. Elle figurait dans le trio de tête européen pour la santé périnatale. C’était il n’y a pas si longtemps. Depuis le début des années 2010, la situation s’est dégradée, doucement, année après année. En 2024, le taux de mortalité infantile dépasse les 4 bébés pour 1 000 naissances vivantes. 4,1 pour mille exactement, selon le rapport de l’IGAS intitulé « Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique ».

529 vies par an, c’est le prix du décrochage

Les auteurs ont fait un calcul qui donne froid dans le dos. Si la France atteignait simplement la moyenne de l’Union européenne (3,3 ‰), 529 décès de nourrissons par an auraient pu être évités en 2024. Et si elle se hissait au niveau de l’Italie ou du Portugal (2,5 ‰) ? 1 057 vies. Ce recul place la France au 23e rang sur 27 pays de l’UE. Un classement que les professionnels de santé qualifient de préoccupant, au regard des moyens dont dispose le système de santé français.

  • La France est passée de la 3e à la 23e place européenne en 15 ans.
  • 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, contre 3,3 ‰ en moyenne dans l’UE.
  • 1 057 vies auraient pu être sauvées en 2024 au niveau de l’Italie ou du Portugal (2,5 ‰).
À retenir

La mortalité infantile compte les décès survenus avant le premier anniversaire, pour 1 000 naissances vivantes. C’est l’un des indicateurs les plus scrutés pour juger de la santé périnatale d’un pays.

Pourquoi la mortalité infantile augmente-t-elle en France ?

Le rapport a été rédigé par trois inspecteurs, dont Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande. Ils pointent plusieurs facteurs qui se cumulent.

Trois facteurs qui s’additionnent

L’âge de plus en plus tardif des grossesses arrive en tête. En France, l’âge moyen de la première maternité dépasse désormais 30 ans. Et une grossesse tardive, c’est un risque de complications qui grimpe : diabète gestationnel, hypertension, prématurité. La hausse des grossesses multiples pèse aussi, liée en partie au recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP). Attendre des jumeaux ou des triplés, c’est une grossesse plus à risque pour les nouveau-nés. Les inégalités sociales et territoriales ferment la marche, et ce n’est pas la moindre.

  • Âge tardif des grossesses : la première maternité dépasse 30 ans en moyenne.
  • Grossesses multiples en hausse, en partie liées à l’assistance médicale à la procréation.
  • Inégalités sociales et territoriales : Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte affichent des taux nettement au-dessus de la moyenne nationale, et l’Île-de-France s’est dégradée elle aussi.
Le conseil de la pharmacie

Si vous êtes enceinte ou si vous préparez une grossesse, signalez dès la première consultation vos antécédents et vos traitements en cours à votre médecin ou à votre sage-femme. C’est ce repérage précoce que le rapport place au cœur de la prévention.

La fermeture des maternités n’est pas la cause : une conclusion qui surprend

Voilà le sujet qui fâche. Depuis des années, des élus locaux, des associations et des soignants tirent la sonnette d’alarme sur la fermeture des petites maternités, celles qui font moins de 300 accouchements par an, et sur ce que ça implique pour la sécurité des naissances.

Deux modèles opposés, deux fois de bons résultats

Le rapport de l’IGAS tranche : ces fermetures n’expliquent pas la hausse de la mortalité infantile. Les auteurs ont comparé des pays aux stratégies opposées. Les pays scandinaves, qui ont concentré les naissances dans de grandes maternités. L’Italie, qui a gardé ses établissements de proximité. Résultat ? Les deux modèles peuvent coexister avec de bons résultats périnatals.

La seule hausse du seuil minimal d’activité des maternités comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, constituerait une réponse mécanique, datée. Rapport IGAS, 2026
Point de vigilance

Ce rapport est daté de janvier 2026. Il n’a été rendu public que le 4 août, après un article du Canard Enchaîné révélant son existence. Sept mois de tiroir, et une indignation qui n’est pas retombée chez les soignants.

Que préconise le rapport pour améliorer la situation ?

L’IGAS identifie le moment où tout se joue, et ce moment, c’est la grossesse elle-même.

Quatre leviers, tous concrets

Les recommandations ne parlent ni de murs ni de seuils. Elles parlent de suivi, de repérage et de coordination.

  • Améliorer le dépistage précoce des grossesses à risque : repérer plus tôt les femmes enceintes en situation de précarité, celles qui souffrent de pathologies chroniques, celles dont la grossesse montre des signes de complication.
  • Renforcer le suivi post-partum : la période néonatale, les 28 premiers jours de vie, concentre la majorité des décès. Un meilleur suivi à domicile dans les jours qui suivent la naissance permettrait de repérer certaines urgences.
  • Réduire les inégalités territoriales : garantir un accès équitable aux soins périnatals, notamment en zone rurale et dans les DOM.
  • Améliorer la coordination entre sages-femmes, gynécologues-obstétriciens et pédiatres.
Bonne nouvelle

Aucune de ces quatre pistes ne dépend d’une technologie qui n’existe pas encore. Elles reposent sur du suivi, du repérage et de la coordination entre professionnels. Autrement dit : des leviers actionnables.

✦ Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce 18 août

Le rapport de l’IGAS, c’est ce voyant rouge qu’on a laissé clignoter 7 mois avec un chiffon dessus. Derrière les chiffres, 4 bébés sur 1 000 qui meurent avant un an, il y a des centaines de drames évitables chaque année.

Les solutions existent, et elles passent d’abord par un meilleur suivi des grossesses vulnérables et par une réduction des inégalités d’accès aux soins. Vous êtes enceinte, ou vous préparez une grossesse ? Votre suivi prénatal est votre meilleur allié.

Sources
  1. IGAS · « Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique » · rapport daté de janvier 2026, rendu public le 4 août 2026.
  2. Franceinfo · RTL · Europe 1 · couverture du rapport IGAS · 4 au 7 août 2026.
  3. Mediapart · couverture du rapport IGAS · 4 au 7 août 2026.
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Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.

Christine Yagues, préparatrice à la Pharmacie Saint Julien
Rédigé par
Christine Yagues
Préparatrice — Pharmacie Saint Julien
Des décennies aux côtés des patients, soignant les petits bobos du quotidien comme accompagnant les pathologies plus lourdes. Une expertise précieuse : celle de la vraie vie, loin des théories abstraites.

Qu’est-ce que la mortalité infantile ?

C’est le nombre d’enfants qui meurent avant leur premier anniversaire, rapporté à 1 000 naissances vivantes sur la même année. Un indicateur qui en dit long sur la qualité du système de santé d’un pays.

Pourquoi le rapport a-t-il été retenu 7 mois ?

Il est daté de janvier 2026 et n’a été rendu public que le 4 août 2026, après un article du Canard Enchaîné révélant son existence. Plusieurs soignants ont dénoncé ce choix. Ils y voient un signe de la façon dont la périnatalité et la santé des femmes sont traitées en France.

Dans quelle région de France la mortalité infantile est-elle la plus élevée ?

Les régions d’outre-mer, Mayotte et la Guyane en particulier, enregistrent les taux les plus préoccupants. En métropole, l’Île-de-France a connu une dégradation notable.

Que puis-je faire pour protéger ma grossesse ?

Parlez de tous vos facteurs de risque à votre médecin ou à votre sage-femme, dès le début de la grossesse. Un suivi régulier et attentif reste votre meilleure protection.

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