CMV et grossesse : les nouvelles recommandations HAS

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Actualité santé 19 août 2026
1 actualité santé aujourd’hui
Le CMV, ça ne vous dit sûrement rien. Cytomégalovirus, pas mieux ? Normal. Et pourtant, ce virus est la première cause de handicap congénital d’origine infectieuse en France. Un passager clandestin qui voyage dans la salive des tout-petits, et que personne ne regarde. Depuis le 4 août 2026, la Haute Autorité de Santé a publié ses premières recommandations officielles sur le dépistage et la prise en charge pendant la grossesse.
✦ En bref
  • Le CMV est la première cause de handicap congénital infectieux en France, avec environ 0,4 % des naissances touchées.
  • La HAS recommande désormais un dépistage systématique au 1er trimestre pour toutes les femmes séronégatives ou dont le statut est inconnu.
  • En cas de primo-infection confirmée, un traitement par valaciclovir est recommandé rapidement.
  • Des gestes d’hygiène simples suffisent à réduire fortement le risque d’infection.
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Qu’est-ce que le CMV et pourquoi est-ce important pour les femmes enceintes ?

Le cytomégalovirus, c’est un virus de la famille des herpèsvirus. Et il est partout. En France, près de 46 % des femmes en âge de procréer l’ont déjà croisé. Dans les départements et régions d’outre-mer, on monte jusqu’à 90 %.

Un virus qui passe inaperçu, sauf chez le fœtus

Chez un adulte en bonne santé, le passager clandestin fait le voyage sans se faire remarquer. Quelques symptômes grippaux au pire, et souvent rien du tout. Le problème arrive quand il monte à bord pour la première fois chez une femme enceinte séronégative, celle qui n’a jamais été infectée. Une primo-infection en début de grossesse, c’est un risque sérieux pour le fœtus : perte auditive neurosensorielle (une surdité partielle ou totale), troubles neurologiques, retard de développement, troubles de l’équilibre.

  • 46 % des femmes en âge de procréer ont déjà été en contact avec le CMV en France, jusqu’à 90 % dans les DROM.
  • 0,4 % des naissances sont touchées par une infection congénitale à CMV.
  • Ce virus provoque plus de cas de surdité et de handicaps neurologiques chez le nouveau-né que la trisomie 21.
À retenir

Le CMV restait jusqu’ici largement méconnu du grand public, et même de nombreux professionnels de santé. C’est pourtant la première cause de handicap congénital d’origine infectieuse en France.

Les nouvelles recommandations HAS d’août 2026 : ce qui change

Pendant des années, le dépistage du CMV pendant la grossesse n’était pas recommandé officiellement en France. Il se pratiquait quand même, mais de façon hétérogène selon les professionnels et les régions. Résultat : une loterie territoriale, et des inégalités de prise en charge.

Ce qui est désormais recommandé

En juin 2025, la HAS a fait un premier pas en recommandant la mise en place d’un dépistage systématique, à réévaluer après 3 ans. Le 4 août 2026, elle publie les recommandations de bonne pratique. Traduction : les professionnels savent maintenant exactement quoi faire, et quand.

  • Avant la grossesse, ou le plus tôt possible au 1er trimestre : une sérologie CMV (une simple prise de sang) pour connaître son statut sérologique.
  • Si IgG positif (infection ancienne) : aucune surveillance supplémentaire spécifique pendant la grossesse.
  • Si IgG et IgM négatifs (jamais infectée) : on répète la sérologie toutes les 4 semaines jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée (SA), idéalement dans le même laboratoire.
  • Pas de dépistage après 14 SA : au-delà du premier trimestre, le risque de séquelles graves est quasi nul.
Le conseil de la pharmacie

Si votre médecin ou votre sage-femme n’aborde pas le sujet au 1er rendez-vous de suivi, posez la question vous-même. La sérologie CMV tient en une prise de sang, et c’est au premier trimestre qu’elle a le plus d’intérêt.

Si la primo-infection est confirmée : quel traitement ?

Le passager clandestin est monté à bord pendant la période périconceptionnelle ou le premier trimestre ? La HAS recommande d’agir vite.

Valaciclovir puis amniocentèse : le parcours

Une consultation dédiée est organisée rapidement pour informer la femme, et son partenaire si elle le souhaite, évaluer la situation et parler du traitement. Ce traitement, c’est le valaciclovir à 8 grammes par jour, soit 4 prises de 2 grammes, jusqu’à l’amniocentèse. Il réduit significativement le risque de transmission du virus au fœtus. Et plus il démarre tôt dans le premier trimestre, plus il est efficace.

À partir de 18 semaines d’aménorrhée, une amniocentèse peut être proposée pour savoir si le virus est passé au fœtus. Résultat négatif ? On arrête le traitement, la grossesse reprend son cours. Résultat positif ? Un suivi est mis en place avec un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDPN).

Point de vigilance

Le valaciclovir est prescrit hors AMM dans cette indication, dans le cadre d’une prescription compassionnelle en cours d’élaboration à l’ANSM. N’importe quel médecin peut le prescrire, généraliste ou spécialiste, en ville comme à l’hôpital. Une surveillance de la fonction rénale est recommandée pendant le traitement.

La prévention par les gestes d’hygiène : votre meilleure protection

Et si on empêchait simplement le passager clandestin de monter à bord ? Des gestes simples réduisent jusqu’à 50 % le risque de contracter le CMV pendant la grossesse. Ça vaut surtout pour les femmes en contact régulier avec de jeunes enfants : assistantes maternelles, personnels de crèche, mamans qui ont déjà un petit à la maison.

Les gestes clés dès le projet de grossesse

Ces mesures s’appliquent dès le désir de grossesse et jusqu’à 14 SA au minimum. La HAS insiste sur un point qu’on oublie souvent : le co-parent doit être informé et impliqué, parce qu’une transmission au sein du couple est possible.

  • Se laver soigneusement les mains à l’eau et au savon, 15 à 20 secondes, après chaque change et tout contact avec la salive ou les sécrétions nasales d’un enfant
  • Ne pas partager couverts, verres, brosses à dents ou tétines avec de jeunes enfants
  • Ne pas mettre en bouche les objets qui ont traîné dans la salive d’un enfant
  • Éviter les baisers sur la bouche des enfants
  • Nettoyer régulièrement les jouets et les surfaces potentiellement contaminées
Bonne nouvelle

Aucun de ces gestes ne coûte quoi que ce soit. Un lavage de mains de 15 à 20 secondes après chaque change, et le risque baisse jusqu’à 50 %.

✦ Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce 19 août

Le CMV n’est plus un angle mort de la médecine prénatale française. Avec les recommandations HAS d’août 2026, les femmes enceintes ont enfin droit à un dépistage clair et à une prise en charge structurée.

Vous êtes enceinte, ou vous y pensez ? Parlez de ce dépistage à votre médecin ou à votre sage-femme dès la première consultation, et adoptez les gestes d’hygiène au quotidien. Un simple lavage de mains peut protéger l’audition et le développement neurologique de votre futur enfant.

Sources
  1. HAS · recommandation de bonne pratique « Dépistage du cytomégalovirus au 1er trimestre de la grossesse : prise en charge et suivi » · 4 août 2026.
  2. HAS · avis favorable au dépistage systématique · juin 2025.
  3. Fiche mémo AFPA/HAS · juillet 2026.
ℹ️

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.

Stéphanie Maffre, préparatrice à la Pharmacie Saint Julien
Rédigé par
Stéphanie Maffre
Préparatrice — Pharmacie Saint Julien
Des années à l’écoute des patients, cherchant toujours les mots justes pour expliquer un traitement ou rassurer une inquiétude. Aujourd’hui, c’est à travers l’écriture que je poursuis cette mission.

Le CMV est-il dangereux tout au long de la grossesse ?

Non. Le risque de séquelles graves pour le bébé concerne surtout les infections survenues pendant les deux mois qui précèdent la grossesse et pendant le premier trimestre. Au-delà de 14 SA, ce risque est quasi nul.

J’ai déjà eu le CMV. Suis-je protégée ?

Une infection ancienne (IgG positifs) réduit considérablement le risque, mais elle ne protège pas complètement contre une réinfection. Les réinfections sont difficiles à détecter par sérologie, et le risque pour le fœtus reste bien plus faible qu’en cas de primo-infection.

Le valaciclovir est-il sans danger pour mon bébé ?

Les données disponibles sur le valaciclovir en début de grossesse n’ont pas montré de signal de malformation fœtale (tératogénicité) sur la période 2007-2023. Des études sont en cours pour confirmer sa sécurité sur le long terme, à plus grande échelle.

Mon médecin me proposera-t-il ce dépistage automatiquement ?

La recommandation HAS vise justement à standardiser les pratiques à l’échelle nationale. Si votre médecin ou votre sage-femme n’aborde pas le sujet, lancez-le vous-même dès votre 1er rendez-vous de suivi de grossesse.

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