Cet article n’est pas un test. Ces signes sont extrêmement fréquents avec l’âge et ont, dans la très grande majorité des cas, des explications bien plus banales. Le neurologue cité dans cette mise au point le dit lui-même : une personne peut présenter plusieurs de ces signes sans le moindre symptôme cognitif, et leur présence ne signifie pas qu’une démence se développera. Si vous vous reconnaissez dans 3 lignes de la liste ci-dessous, ne prenez pas rendez-vous en panique : lisez la seconde partie de l’article, elle est faite pour ça.
- La mémoire n’est pas toujours le premier signe. Odorat, humeur, sommeil et même vitesse de marche peuvent bouger avant elle.
- Ce sont des associations mesurées dans des populations, pas un outil de diagnostic individuel.
- Ces signes ne justifient une consultation que lorsqu’ils s’accompagnent de difficultés de mémoire ou de raisonnement.
5 voyants qui peuvent s’allumer avant la mémoire
1. La perte d’odorat
C’est le signe le plus documenté. Selon le CNRS, un trouble de l’odorat concernerait 80 % des patients atteints de la maladie d’Alzheimer, et il apparaît souvent tôt. Les structures cérébrales qui traitent les odeurs sont parmi les premières touchées.
2. Une dépression ou une anxiété qui démarre tard
Pas une dépression ancienne. Une dépression ou une anxiété qui apparaît pour la première fois après 55 ou 60 ans. Une synthèse publiée en 2021 conclut à un risque multiplié par plus de 3 dans cette situation.
3. Les troubles du sommeil
Insomnie, apnée du sommeil, syndrome des jambes sans repos : tous ont été associés à un risque accru. L’explication avancée est mécaniste : le sommeil participe à l’élimination de la bêta-amyloïde, l’une des protéines qui s’accumulent dans la maladie.
4. Une marche qui ralentit
Une vitesse de marche qui diminue, des pas qui se raccourcissent. Des travaux publiés en 2024 rapportent que chez les personnes âgées, le déclin des capacités motrices précède celui des fonctions cognitives, parfois de 10 ans.
5. Une baisse de la force de la main
La force de préhension, celle qu’on mesure en serrant un dynamomètre, suit la même logique. C’est un marqueur reconnu du vieillissement en bonne santé, et sa diminution a été associée au risque de déclin cognitif.
Maintenant, le mode d’emploi de ces voyants
Vous venez d’en lire 5. Vous vous reconnaissez probablement dans au moins un, peut-être trois. C’est normal, et ça ne veut rien dire.
Parce qu’un voyant qui s’allume au tableau de bord ne vous dit pas quelle est la panne. Il dit juste qu’il faut regarder. Et dans la plupart des cas, c’est un capteur encrassé.
Ces signes ne sont pas spécifiques. Prenez l’odorat, le plus impressionnant de la liste. La perte d’odorat accompagne le vieillissement normal. Elle suit fréquemment une infection virale. Elle découle de causes ORL parfaitement banales, comme une rhinite chronique ou des polypes. Et elle concerne aussi d’autres maladies neurodégénératives, comme la maladie de Parkinson. Pour un cas d’Alzheimer, il y a des centaines de nez qui ne sentent plus grand-chose pour des raisons ordinaires.
Ce sont des associations de population, pas des tests individuels. Dire que la dépression tardive multiplie le risque par 3 signifie qu’au sein d’un grand groupe, il y aura davantage de cas. Ça ne dit rien de votre propre trajectoire. Et comme la démence reste minoritaire, un risque multiplié par 3 sur une probabilité faible reste une probabilité faible.
Le sens de la flèche n’est pas toujours clair. Un sommeil dégradé favorise-t-il la maladie, ou est-il déjà une conséquence de changements cérébraux précoces ? Les 2 hypothèses coexistent, et elles ne s’excluent pas.
Ces voyants n’ont aucune valeur seuls. Ce qui compte, c’est leur association à des difficultés de mémoire ou de raisonnement. Un ralentissement de la marche chez quelqu’un dont la mémoire va bien, c’est un problème d’articulations, de souffle ou de forme physique dans l’immense majorité des cas.
Alors quand faut-il consulter ?
La réponse est simple, et elle ne dépend pas de la liste ci-dessus.
On consulte quand apparaissent des difficultés cognitives réelles : oublis répétés d’événements récents, mots qui manquent de plus en plus souvent, désorientation dans le temps, erreurs inhabituelles dans des tâches maitrisées depuis toujours, perte d’initiative. Et surtout quand l’entourage le remarque.
Les voyants de la liste deviennent intéressants à ce moment-là, et à ce moment-là seulement : comme informations à donner au médecin, pas comme motif de consultation à eux seuls.
Une dépression ou une anxiété qui apparaît après 55 ans se traite, indépendamment de toute question de démence. Ne laissez pas cet article vous faire passer à côté de celui-là.
Le conseil du comptoir
Il y a beaucoup mieux à faire que de s’auto-évaluer devant un pot de cannelle.
La commission du Lancet a identifié une liste de facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir. C’est là que le temps est bien investi.
- La tension artérielle. Contrôlée, elle fait partie des leviers les mieux établis. Passez la faire mesurer, c’est gratuit.
- L’audition. La perte auditive figure parmi ces facteurs modifiables, et nous en avons parlé en détail dans notre article sur l’audition dans le bruit.
- L’activité physique. Elle agit sur la marche, sur la force de préhension, sur le sommeil et sur la tension. Soit 4 voyants de la liste, en une seule intervention.
- Le sommeil. Une apnée du sommeil se dépiste et se traite. Un ronflement bruyant avec des pauses respiratoires et une somnolence en journée, ça se signale.
- Le tabac et l’alcool. Sans surprise.
- Les liens sociaux. L’isolement figure aussi dans cette liste, et c’est peut-être le plus facile à travailler.
Ne faites pas de test olfactif maison trouvé sur internet. Ces tests n’ont aucune valeur diagnostique hors d’un cadre médical, et leur seul effet garanti est l’anxiété. Si le doute porte sur un proche, venez nous en parler : on vous dira vers qui vous tourner.
Questions fréquentes
Je ne sens plus rien depuis mon rhume, dois-je m’inquiéter ?
Non. Une perte d’odorat qui suit une infection virale est une cause extrêmement banale, et elle récupère souvent en quelques semaines à quelques mois. Si elle persiste, c’est une consultation ORL qui s’impose, pas une consultation mémoire.
Mon père marche plus lentement depuis un an, faut-il faire un bilan mémoire ?
Pas sur ce seul élément. Un ralentissement de la marche a des dizaines d’explications plus probables : articulations, souffle, douleurs, peur de tomber, effets de médicaments. La question du bilan se pose s’il existe par ailleurs des difficultés de mémoire ou de raisonnement.
Ces signes permettent-ils un diagnostic plus précoce ?
Pas à l’échelle individuelle, pas aujourd’hui. Ils intéressent la recherche, qui cherche à identifier des populations à risque. Le diagnostic, lui, repose sur une évaluation clinique et des examens réalisés en consultation spécialisée.
L’essentiel de ce 30 septembre
La mémoire n’est pas toujours le premier signe. Odorat, humeur tardive, sommeil, vitesse de marche et force de la main peuvent bouger avant elle, parfois des années avant.
Mais un voyant allumé ne dit pas quelle est la panne. Ces signes sont banals avec l’âge, ce sont des associations de population et non des tests, et aucun ne vaut quoi que ce soit seul. Ce qui compte, c’est leur association à des difficultés de mémoire ou de raisonnement, surtout quand l’entourage les remarque. Et si vous voulez vraiment agir : tension, audition, activité physique, sommeil, tabac, liens sociaux. 6 leviers réels, et aucun ne demande de sentir un pot de cannelle.
- Futura Sciences, dossier sur les signes précoces de la maladie d’Alzheimer, 4 septembre 2026, citant le Pr Timothy Chang, université de Californie à Los Angeles.
- France Alzheimer, « Des premiers signes au diagnostic de la maladie d’Alzheimer ». Lien
- Commission du Lancet sur la prévention, l’intervention et la prise en charge de la démence.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.
Je ne sens plus rien depuis mon rhume, dois-je m’inquiéter pour ma mémoire ?
Non. Une perte d’odorat qui suit une infection virale est l’une des causes les plus banales qui existent, et elle récupère souvent en quelques semaines à quelques mois. Si elle persiste, c’est une consultation ORL qui s’impose, pas une consultation mémoire. La perte d’odorat n’a rien de spécifique de la maladie d’Alzheimer.
Mon père marche plus lentement depuis un an, faut-il faire un bilan mémoire ?
Pas sur ce seul élément. Un ralentissement de la marche a des dizaines d’explications plus probables : douleurs articulaires, essoufflement, peur de tomber, effets indésirables de médicaments, baisse de forme physique. La question d’un bilan se pose uniquement s’il existe par ailleurs des difficultés de mémoire ou de raisonnement, en particulier si l’entourage les remarque.
Ces signes permettent-ils un diagnostic plus précoce de la maladie ?
Pas à l’échelle individuelle, pas aujourd’hui. Ils intéressent la recherche, qui cherche à identifier des populations à risque pour mieux étudier la maladie. Le diagnostic repose sur une évaluation clinique et des examens réalisés en consultation spécialisée, jamais sur la présence isolée de l’un de ces signes.










