Désogestrel : le chiffre exact du risque, et ce qu’il ne veut pas dire

MCS — Désogestrel : le chiffre exact du risque, et ce qu’il ne veut pas dire
Actualité santé 7 octobre 2026
1 actualité santé aujourd’hui
1,6 million de femmes reçoivent en ce moment une lettre de l’Agence du médicament au sujet de leur pilule. Le chiffre qui s’y trouve est « 1 cas pour 67 300 ». Voici ce que ça représente vraiment, sans minimiser ni dramatiser.
À lire avant tout le reste

N’arrêtez pas votre contraception sans avis médical. C’est la consigne principale de l’ANSM, et elle passe avant tout ce qui suit : un arrêt brutal expose à un risque de grossesse non désirée, dont les conséquences sont sans comparaison avec le risque dont parle cette lettre. Si vous avez reçu ce courrier, il ne demande aucune action immédiate. Il s’agit d’en parler à votre prochaine consultation de routine.

✦ En bref
  • Après un an d’utilisation : environ 1 cas supplémentaire de méningiome pour 67 300 femmes. Après cinq ans : 1 pour 17 000.
  • Un an après l’arrêt, ce surrisque n’est plus observé.
  • Aucune IRM systématique n’est demandée, et aucun arrêt de contraception n’est recommandé.
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Pourquoi vous avez reçu une lettre

Depuis le 10 septembre 2026, l’ANSM adresse un courrier personnalisé aux femmes à qui une pilule au désogestrel dosée à 75 microgrammes a été délivrée au cours des 12 derniers mois. Cela représente 1,6 million de personnes.

Ce courrier n’est pas une alerte de sécurité urgente. C’est l’aboutissement d’un processus.

Une étude française menée par EPI-PHARE, le groupement scientifique de l’Assurance Maladie et de l’ANSM, a mis en évidence une augmentation très faible du risque. Le comité de pharmacovigilance européen a analysé ces résultats et recommandé en juillet 2026 d’ajouter cette information dans les notices. Les notices ont été modifiées en août. Et l’ANSM a choisi d’écrire directement aux femmes concernées plutôt que de laisser l’information circuler autrement.

Votre médecin ou votre sage-femme a d’ailleurs été informé avant vous, et a reçu début septembre un courrier le prévenant que vous en recevriez un aussi.

Le périmètre dépasse la pilule

Les recommandations concernent le désogestrel en comprimés, mais aussi, par mesure de précaution, les pilules combinées contenant du désogestrel à 150 microgrammes, l’implant contraceptif Nexplanon et l’anneau vaginal NuvaRing et ses génériques. Si vous avez un implant, vous êtes donc concernée même sans avoir reçu de courrier.

Un stade entier, pour un seul cas

« 1 cas pour 67 300 femmes » ne dit rien à personne. Essayons autrement.

67 300, c’est l’ordre de grandeur d’un grand stade de football. Imaginez ce stade rempli uniquement de femmes prenant cette pilule. Au bout d’un an, on observerait un méningiome de plus que s’il n’y avait eu aucune exposition. Un seul siège occupé, sur tous les gradins.

À cinq ans d’utilisation continue, le chiffre passe à 1 pour 17 000. Soit environ 4 fois plus qu’à un an. Le risque devient donc plus marqué avec la durée, et il continue d’augmenter au-delà de sept ans.

Et il y a une donnée qui change complètement la lecture : un an après l’arrêt, ce surrisque n’est plus observé. Le risque revient au niveau de la population générale. Ce n’est donc pas une dette qui s’accumule définitivement.

L’échelle par rapport à ce qu’on connaissait

Pour situer, la direction médicale de l’ANSM rappelle que ce risque est sans commune mesure avec celui de l’Androcur, où il était multiplié par 20 au bout de cinq ans.

Ce rappel compte. Beaucoup de femmes ont en mémoire le scandale de l’Androcur et transposent immédiatement. Les deux situations ne sont pas comparables, et c’est précisément pour éviter ce genre de dérapage que l’ANSM a préféré écrire elle-même.

Les situations qui changent l’échelle

Tout le monde n’est pas dans la même case. 3 éléments modifient réellement le niveau de risque.

  • L’âge. Le risque est plus élevé après 45 ans.
  • La durée. Au-delà de cinq ans d’utilisation continue.
  • Et surtout, une exposition antérieure à un progestatif déjà identifié à risque : acétate de cyprotérone, nomégestrol, médroxyprogestérone, chlormadinone. Dans ce cas précis, le risque devient significatif dès la première année d’utilisation du désogestrel.

Ce dernier point est le plus important à signaler, et aussi celui que les patientes ignorent le plus souvent, parce que ces traitements ont parfois été pris il y a des années et oubliés depuis.

Nouveauté réglementaire : un méningiome ou un antécédent de méningiome constitue désormais une contre-indication à ces contraceptions.

Le conseil du comptoir

Commençons par ce qui n’est pas demandé, parce que c’est la question qui arrive en premier.

Ce qui n’est pas demandé

Aucune IRM systématique n’est recommandée : l’imagerie se discute en cas de symptômes évocateurs, pas par principe. Et aucun arrêt de contraception n’est recommandé, surtout pas un arrêt décidé seule.

Ensuite, les 3 choses à faire.

Gardez la lettre et apportez-la à votre prochaine consultation de routine. Pas de rendez-vous en urgence. Le sujet se traite tranquillement.

Faites l’inventaire de vos contraceptions passées. Avez-vous déjà pris de l’acétate de cyprotérone, du nomégestrol, de la médroxyprogestérone ou de la chlormadinone ? Si oui, même il y a longtemps, c’est l’information la plus utile que vous puissiez donner à votre médecin. Si vous ne savez plus, passez nous voir : on peut regarder ensemble votre historique de délivrance.

Connaissez les signes qui justifient de consulter sans attendre. L’ANSM les liste : des maux de tête persistants ou qui s’aggravent, des troubles de la vision ou de l’audition, une faiblesse musculaire, des troubles de l’équilibre ou du langage, une perte de mémoire, une crise d’épilepsie nouvelle ou aggravée. Pris isolément ces signes sont banals, mais leur persistance ou leur aggravation se signale.

Le conseil de la pharmacie

Si un méningiome était découvert, le traitement est arrêté et une orientation vers un neurochirurgien est systématique. Ce n’est pas une situation que vous auriez à gérer seule, et ce n’est pas non plus la situation la plus probable : rappelez-vous le stade.

Pour comprendre le contenu et la logique de cette lettre, tout est expliqué dans notre article du 15 septembre.

Questions fréquentes

Dois-je arrêter ma pilule ?

Non, pas de votre propre initiative. L’ANSM le dit explicitement : l’arrêt sans avis médical est déconseillé. Un arrêt brutal expose à un risque de grossesse non désirée, sans comparaison avec le risque en question.

Faut-il faire une IRM ?

Non, aucune IRM systématique n’est demandée. Elle se discute uniquement en présence de symptômes évocateurs.

J’ai un implant, suis-je concernée ?

Par mesure de précaution, oui : ces recommandations s’appliquent également à l’implant et à l’anneau vaginal, même si la campagne de courriers visait les utilisatrices de pilule.

✦ Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce 7 octobre

Un stade de football entier, rempli de femmes prenant cette pilule pendant un an, pour un seul méningiome de plus. Voilà ce que veut dire « 1 cas pour 67 300 ». À cinq ans, 1 pour 17 000. Au-delà de sept ans, ça continue d’augmenter. Et un an après l’arrêt, le surrisque disparaît.

Ce qui change vraiment l’échelle, c’est une exposition antérieure à la cyprotérone, au nomégestrol, à la médroxyprogestérone ou à la chlormadinone : là, le risque devient significatif dès la première année. Alors si vous ne devez faire qu’une chose : cherchez dans votre mémoire, ou passez nous voir pour qu’on regarde ensemble. Et surtout, on n’arrête pas sa contraception seule.

Sources
  1. ANSM, « Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses », 10 septembre 2026. Lien
  2. ANSM, « Contraception et risque de méningiome : nouvelles recommandations », mise à jour du 11 août 2026. Lien
  3. EPI-PHARE, étude à l’origine du signal.
  4. Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments, conclusions de juillet 2026.
ℹ️

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.

Laurie Cappelier
Rédigé par
Laurie Cappelier
Préparatrice — Pharmacie Saint Julien
Mon quotidien de préparatrice en pharmacie m’a appris que derrière chaque ordonnance, il y a une histoire et un besoin de compréhension. Les mots ont, eux aussi, un rôle essentiel dans le parcours de soin.

Dois-je arrêter ma pilule après avoir reçu cette lettre ?

Non, pas de votre propre initiative. L’ANSM est explicite : l’arrêt du traitement sans avis médical est déconseillé. Un arrêt brutal expose à un risque de grossesse non désirée, dont les conséquences sont sans comparaison avec le risque évoqué dans ce courrier. La lettre ne demande aucune action immédiate, simplement d’aborder le sujet lors d’une consultation de routine.

Faut-il faire une IRM cérébrale ?

Non. Aucune IRM systématique n’est demandée par l’ANSM dans ce cadre. L’imagerie se discute uniquement en présence de signes évocateurs : maux de tête persistants ou qui s’aggravent, troubles de la vision ou de l’audition, faiblesse musculaire, troubles de l’équilibre ou du langage, perte de mémoire, épilepsie nouvelle ou aggravée.

J’ai un implant contraceptif, suis-je concernée ?

Oui, par mesure de précaution. Les recommandations s’appliquent au désogestrel en comprimés mais aussi aux pilules combinées au désogestrel 150 microgrammes, à l’implant Nexplanon et à l’anneau vaginal NuvaRing et ses génériques. La campagne de courriers visait les utilisatrices de pilule, mais le périmètre des recommandations est plus large.

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