Cette étude est un résumé de congrès. Elle n’a pas été publiée dans une revue avec relecture par les pairs. Elle montre une association statistique, pas une cause. En clair : rien ne permet de dire aujourd’hui que la mélatonine provoque une insuffisance cardiaque. Et si vous en prenez sur prescription, ne modifiez rien sans en parler à votre médecin.
- Chez des adultes insomniaques, ceux dont le dossier médical montre au moins un an de mélatonine ont eu davantage d’insuffisances cardiaques sur 5 ans : 4,6 % contre 2,7 %.
- Les auteurs sont les premiers à le dire : une insomnie plus sévère, une dépression ou d’autres somnifères peuvent expliquer une partie du résultat.
- La vraie question soulevée n’est pas le danger, c’est la durée. La mélatonine n’a pas d’indication pour un usage quotidien qui dure des années.
Ce que l’étude a regardé
Les chercheurs ont utilisé TriNetX, une grande base internationale de dossiers médicaux anonymisés. Ils y ont pris 130 828 adultes ayant un diagnostic d’insomnie. Âge moyen 55,7 ans, 61,4 % de femmes.
La moitié, soit 65 414 personnes, avait au moins 365 jours de mélatonine inscrits au dossier. L’autre moitié, insomniaque aussi, n’en avait aucune trace. Puis on a regardé les 5 années suivantes.
En valeur absolue : une insuffisance cardiaque est survenue chez 4,6 % des utilisateurs de longue durée, contre 2,7 % dans le groupe comparaison. C’est ce qui donne le fameux « 90 % de risque en plus » qui a fait le tour des réseaux.
Deux autres chiffres vont dans le même sens. Hospitalisations pour insuffisance cardiaque : 19 % contre environ 7 %. Mortalité toutes causes confondues : 8 % contre 4 %.
Pourquoi il faut garder la tête froide
Ces chiffres impressionnent. Ils ne prouvent rien. Et ce ne sont pas les critiques qui le disent, ce sont les auteurs.
Leur explication alternative est la plus simple du monde. Qui prend de la mélatonine pendant des années ? Ceux qui dorment le plus mal. Une insomnie sévère, une dépression, une anxiété, d’autres somnifères : tout ça pèse à la fois sur la probabilité de prendre de la mélatonine et sur le risque cardiaque. La mélatonine peut très bien être le marqueur d’un problème, pas sa cause.
Et il y a une limite de méthode. Dans une base de dossiers médicaux, on ne voit que ce qui est écrit. Aux États-Unis, où la mélatonine se vend librement en supermarché, une partie du groupe comparaison en prenait peut-être sans que personne ne l’ait noté.
Dernier point, le plus important : un résumé de congrès n’est pas un article scientifique. Il n’a pas subi la relecture qui permet de vérifier les analyses. On attend la publication complète.
Ponctuel ou chronique : personne ne fait la différence
Voilà le vrai sujet. Et il ne dépend pas de la solidité de l’étude.
La mélatonine a des indications précises, et elles sont courtes. Le décalage horaire, où son bénéfice est le mieux documenté. Le retard de phase, ce décalage de l’horloge interne fréquent chez les adolescents. Dans ces situations, l’heure de la prise compte autant que la dose.
Dans l’insomnie chronique de l’adulte, les recommandations européennes de 2023 sont nettes. Première intention : la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie. La mélatonine à libération immédiate n’y est pas recommandée. La forme à libération prolongée peut servir chez les 55 ans et plus, pour quelques mois.
Nulle part il n’est écrit : tous les soirs, pendant 3 ans.
C’est ça qui a frappé les chercheurs. Pas tant le chiffre que le constat d’usage. Des dizaines de milliers de personnes prennent depuis plus d’un an un produit qui n’a pas d’indication pour cette durée.
Le conseil du comptoir
Aucune raison de jeter la boîte ce soir. Aucune raison non plus de repartir pour 3 ans sans se poser la question.
Voici comment trancher.
- Usage ponctuel : un voyage, une période décalée, quelques nuits difficiles. C’est le cadre pour lequel le produit existe. Rien à changer.
- Usage quotidien depuis plus de 3 mois : c’est le moment d’en parler. Pas pour arrêter d’un coup, mais pour chercher ce qui entretient l’insomnie.
- Mélatonine prescrite par un médecin : on ne modifie rien seul. L’indication a été posée, elle se rediscute avec lui.
Un mot sur les dosages. En France, au-delà de 1,9 mg par prise, la mélatonine relève du médicament et passe par une ordonnance. En dessous, c’est un complément alimentaire, avec les formes attrayantes qu’on connait : gummies, sprays, sirops. La facilité d’accès ne change rien au fait que c’est une substance active.
Si l’insomnie dure, la vraie réponse n’est pas dans une boîte. Horaires réguliers, week-end compris. Lumière naturelle le matin. Écrans coupés une heure avant. Chambre fraîche et sombre. C’est moins spectaculaire qu’un gummy. C’est ce qui tient sur la durée.
Le fonctionnement de la mélatonine, ses formes et ses précautions, notamment chez l’enfant, sont détaillés dans notre article dédié.
Questions fréquentes
J’en prends depuis 2 ans, dois-je arrêter ?
Pas dans la panique, et pas seule. Cette étude ne prouve pas de lien de cause à effet. En revanche, 2 ans d’usage quotidien méritent une discussion sur ce qui entretient l’insomnie et sur ce qui pourrait prendre le relais.
Est-ce que ça veut dire que la mélatonine abîme le cœur ?
Non, et c’est important. L’étude observe que les utilisateurs de longue durée ont eu plus d’événements cardiaques. Elle ne peut pas dire si c’est la mélatonine, l’insomnie elle-même, ou ce qui accompagne cette insomnie.
Naturel, ça ne veut pas dire sans risque ?
Non. La mélatonine est une hormone. Prise au mauvais moment, elle peut même dérégler le sommeil qu’elle est censée améliorer. Les effets indésirables rapportés existent : maux de tête, somnolence le lendemain, vertiges, nausées.
L’essentiel de ce 21 septembre
Une étude préliminaire, non relue par les pairs, observe plus d’insuffisances cardiaques chez les insomniaques sous mélatonine depuis plus d’un an. Association, pas causalité : ceux qui en prennent des années sont aussi ceux qui dorment le plus mal, et ça compte.
Ce qui reste solide, en revanche, ne dépend d’aucune étude. La mélatonine sert sur des durées courtes et des situations précises. Si la boîte est sur votre table de nuit depuis plus de 3 mois, la question à poser n’est pas « est-ce dangereux », c’est « pourquoi est-ce que je dors mal ».
- American Heart Association, communiqué de recherche sur l’usage prolongé de mélatonine, relayé le 29 août 2026.
- Nnadi E, Masara M, Offor R et al., résumé présenté aux Scientific Sessions de l’American Heart Association, Circulation.
- American College of Cardiology, synthèse des résultats de l’étude.
- Riemann D et al., recommandations européennes 2023 sur la prise en charge de l’insomnie de l’adulte.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.
J’en prends depuis 2 ans, dois-je arrêter ?
Pas dans la panique, et surtout pas seul. Cette étude ne prouve aucun lien de cause à effet. En revanche, 2 ans d’usage quotidien justifient une discussion avec votre médecin ou votre pharmacie sur ce qui entretient l’insomnie et sur ce qui pourrait prendre le relais.
Est-ce que ça veut dire que la mélatonine abîme le cœur ?
Non. L’étude observe que les utilisateurs de longue durée ont eu davantage d’événements cardiaques, mais elle ne peut pas dire si la cause est la mélatonine, l’insomnie elle-même, ou les troubles qui accompagnent souvent cette insomnie. Les auteurs le précisent explicitement.
Naturel, ça ne veut pas dire sans risque ?
Non. La mélatonine est une hormone, pas un simple complément anodin. Prise au mauvais moment, elle peut dérégler le sommeil qu’elle est censée améliorer. Les effets indésirables rapportés comprennent maux de tête, somnolence le lendemain, vertiges et nausées.










