Imaginez son talon comme un chantier en pleine construction. L’os grandit, le cartilage de croissance travaille encore, rien n’est terminé. Et par-dessus, le tendon d’Achille tire. Fort. À chaque appui, chaque saut, chaque sprint sur terrain dur. Le chantier proteste.
Ce n’est pas grave. Ce n’est pas une blessure qui laisse des séquelles. Mais ça fait mal, ça peut durer plusieurs mois, et ça se gère. Voilà comment.
- La maladie de Sever, c’est une inflammation du cartilage de croissance du talon. Elle touche surtout les enfants sportifs de 8 à 15 ans.
- Le signe qui ne trompe pas : une douleur à l’arrière du talon pendant ou après l’effort, réveillée quand on pince les côtés du talon.
- Le trio qui soulage : repos relatif, glaçage 15 minutes après le sport, talonnettes amortissantes dans toutes les chaussures.
- Ça se termine toujours avec la fin de la croissance osseuse. Comptez quelques semaines à quelques mois, pas 3 jours.
Qu’est-ce que la maladie de Sever ?
Un chantier de croissance sous tension
Le nom médical, c’est apophysite calcanéenne. Traduction : une inflammation du cartilage de croissance situé à l’arrière du talon, sur l’os du calcanéum.
Revenons au chantier. Chez l’enfant, l’os du talon n’est pas encore un bloc solide. Il garde une zone tendre, une sorte de dalle fraîchement coulée, où l’os continue de se fabriquer. C’est le cartilage de croissance.
Juste au-dessus, le tendon d’Achille vient s’accrocher. C’est le câble le plus puissant du corps humain. À chaque pas, il tire sur cette zone encore molle. À chaque saut, il tire beaucoup plus fort.
Un pas, ça passe. 1 000 pas sur un sol dur, ça chauffe. 3 entraînements par semaine plus un match le samedi, et le chantier finit par protester.
Voilà ce qu’est la maladie de Sever. Pas une fracture. Pas une maladie qui s’installe à vie. Une zone de croissance qui crie parce qu’on tire trop dessus, trop souvent.
Pourquoi les enfants sportifs sont en première ligne
L’âge typique : entre 8 et 15 ans. Pile la période du pic de croissance.
Et là, un détail que peu de parents connaissent : les os grandissent plus vite que les muscles. Le mollet se retrouve mécaniquement trop court par rapport au squelette. Résultat, le tendon d’Achille est tendu comme une corde de guitare avant même le premier échauffement.
Ajoutez un sport à impacts et la recette est complète. Football, gymnastique, athlétisme, danse, basket. Tout ce qui saute, sprinte, freine et repart.
Le terrain compte aussi. Sol dur, synthétique, parquet de gymnase. Des chaussures usées, plates, sans amorti. Chaque foulée devient un petit coup de marteau sur la dalle fraîche.
La douleur est réelle, la suite est rassurante
Un enfant qui traîne la jambe après l’entraînement n’exagère pas. La douleur du talon est bien là, même quand l’examen paraît normal et que rien ne gonfle.
La bonne nouvelle tient en une phrase : la maladie de Sever ne laisse aucune séquelle. Quand le cartilage de croissance se soude, en fin de croissance osseuse, le problème disparaît et ne revient pas.
Entre les deux, il y a un travail à faire. Réduire la tension, amortir les chocs, laisser la zone respirer.
Ne laissez pas votre enfant serrer les dents pendant des semaines. Plus le talon encaisse longtemps, plus la douleur met de temps à repartir. Baissez la charge dès les premiers signes, c’est ce qui raccourcit l’histoire.
Comment reconnaître la maladie de Sever ?
Les signes qui reviennent presque toujours
- Une douleur à l’arrière du talon, souvent des 2 côtés.
- Une douleur qui apparaît pendant l’effort ou juste après, et qui se calme au repos.
- Une boiterie, ou cette démarche sur la pointe des pieds pour éviter de poser le talon.
- Une raideur douloureuse au réveil, ou après être resté assis longtemps.
- Un enfant qui lâche le sport qu’il adorait, sans savoir l’expliquer.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Un enfant ne dit pas toujours « j’ai mal ». Il dit « je suis fatigué », ou il ne veut plus aller à l’entraînement.
Le test du pincement, 10 secondes à la maison
Prenez le talon entre le pouce et l’index. Pressez doucement les 2 côtés, comme si vous vouliez le pincer.
Ça réveille une douleur vive et bien localisée ? C’est le signe classique de la maladie de Sever.
La douleur se situe plutôt plus haut, sur le cordon du tendon ? On s’oriente alors vers une tendinite d’Achille, ce qui n’est pas la même histoire.
Ce test ne remplace pas un diagnostic. Il vous sert à montrer au médecin l’endroit exact qui fait mal, et ça change tout pour le rendez-vous.
Sever, tendinite ou douleurs de croissance ?
Trois situations que l’on confond souvent. La localisation du doigt qui montre l’endroit exact vaut mieux qu’un long discours : demandez à votre enfant de pointer le point le plus douloureux.
| Situation | Où ça fait mal | Dans quel contexte |
|---|---|---|
| Maladie de Sever | À l’arrière du talon, à l’insertion du tendon sur l’os | Entre 8 et 15 ans, déclenchée par l’appui et le sport, pincement latéral douloureux |
| Tendinite d’Achille | Sur le tendon lui-même, quelques centimètres plus haut | Plus fréquente chez le grand adolescent et l’adulte |
| Douleurs de croissance | Jambes et genoux, localisation changeante | Plutôt nocturnes, sans lien direct avec l’effort de la veille |
Quand consulter sans attendre
Le rendez-vous chez le médecin devient prioritaire si :
- la douleur persiste plus de 2 semaines malgré la baisse du sport ;
- le talon est gonflé, rouge ou chaud ;
- la douleur réveille l’enfant la nuit, ou existe au repos ;
- la boiterie s’installe et se voit à la marche normale ;
- un seul talon est touché, surtout après un choc.
Le diagnostic se pose au cabinet, à l’examen. Une radiographie sert surtout à écarter une autre cause, jamais à confirmer un Sever.
Repos et solutions : comment soulager votre enfant ?
Le repos relatif, pas le canapé pendant 3 mois
C’est le pilier du traitement, et c’est aussi le plus dur à faire accepter.
Repos relatif veut dire : arrêter ou réduire fortement le sport qui déclenche la douleur, pendant quelques semaines à quelques mois. Pas immobiliser l’enfant.
La négociation gagnante ? Remplacer, pas supprimer. La natation et le vélo sont des sports portés : le talon ne prend plus de chocs, l’enfant garde son souffle, ses copains et sa fierté.
Un enfant qui comprend pourquoi il fait une pause tient sa pause. Un enfant qu’on prive sans explication reprend en cachette à la récréation.
Le froid : 15 minutes, au bon moment
Le glaçage calme l’inflammation et fait baisser la douleur. Encore faut-il le faire correctement.
- Après l’effort, jamais avant.
- 15 minutes, pas 45.
- Une poche de froid enveloppée dans un linge fin, jamais à même la peau.
- Une deuxième application le soir si la journée a été chargée.
Une poche réutilisable qui vit au congélateur coûte moins cher qu’un sachet de petits pois sacrifié chaque semaine.
Les étirements doux du mollet, tous les jours
Souvenez-vous de la corde de guitare trop tendue. On ne peut pas rallonger l’os, on peut assouplir le muscle. Deux gestes simples, 2 fois par jour :
- Face à un mur, jambe arrière tendue, talon bien posé au sol, on avance le bassin. 30 secondes par jambe.
- Sur une marche, l’avant du pied sur le bord, on laisse le talon descendre lentement. 30 secondes, en contrôlant.
Règle absolue : jamais dans la douleur. Ça doit tirer, pas piquer. Un kinésithérapeute peut encadrer le programme quand la douleur résiste, souvent sur prescription du médecin.
Les talonnettes : le vrai levier mécanique
Voilà le geste le plus rentable de toute la prise en charge, et celui qu’on oublie le plus souvent. Une talonnette amortissante en gel ou en silicone fait 2 choses en même temps :
- elle surélève le talon de quelques millimètres, ce qui relâche la traction du tendon d’Achille sur le cartilage de croissance ;
- elle absorbe les chocs à chaque pas, comme un amortisseur posé sous la dalle fraîche.
Trois erreurs à éviter :
- N’en mettre qu’une seule alors que les 2 talons souffrent, ou déséquilibrer le bassin en surélevant un seul côté sans avis médical.
- La réserver aux chaussures de sport. Le talon fait aussi 6 heures de couloirs et de cour de récréation par jour.
- Attendre que la douleur soit maximale pour s’en servir.
Pour le sport, une semelle amortissante complète sur toute la longueur du pied répartit mieux les chocs. Si le confort ne suffit pas après plusieurs semaines, un podologue peut réaliser des semelles sur mesure et corriger un pied plat ou un pied creux qui entretient le problème.
Les chaussures, ce détail qui change tout
Une bonne chaussure pour un talon en souffrance, c’est : un talon légèrement surélevé, un amorti réel sous l’arrière du pied, un contrefort ferme qui tient bien.
Ce qu’on met de côté le temps de la crise : les modèles complètement plats, les chaussures de skate usées, les ballerines fines. Et les longues journées pieds nus sur le carrelage.
Une paire de sport de plus de 500 kilomètres n’amortit plus grand-chose. Regardez l’usure sous le talon, elle raconte tout.
Et les médicaments ?
Le paracétamol peut aider à passer un cap douloureux, sur conseil médical, en respectant la dose adaptée au poids de l’enfant.
Les anti-inflammatoires, eux, apportent souvent peu sur ce type de douleur osseuse de croissance. Ils ne remplacent en aucun cas le repos relatif et l’amorti.
Aucune crème, aucun complément, aucune semelle ne fait disparaître la maladie de Sever en 48 heures. Ce qui marche, c’est la combinaison : moins de chocs, plus d’amorti, un mollet plus souple, et du temps.
Le matériel qui change le quotidien d’un talon en souffrance
Moins de chocs et un tendon moins tendu : tout se joue là. Et ça se traduit par 3 objets très concrets, plus un quatrième pour les mauvais soirs.
La base, c’est la talonnette. La Akileïne Talonnette Épine Calcanéenne surélève légèrement le talon et absorbe l’impact à chaque pas, exactement là où le tendon d’Achille tire sur la zone de croissance. Glissez-la dans la chaussure de tous les jours, celle qui fait les couloirs et la cour de récréation. Comptez 14,99 €, et pensez aux 2 pieds si les 2 talons réclament.
Pour le sport et les grandes journées debout, on passe à la semelle complète. La Scholl Semelle Energie 24h T1 amortit sur toute la longueur du pied et répartit les appuis, ce qui évite de tout faire encaisser à l’arrière du pied. À 18,99 €, elle se découpe à la taille de la chaussure et se transfère d’une paire à l’autre.
Vient ensuite le froid, le réflexe d’après-match. La poche Nexcare Coldhot Classic vit au congélateur et ressort 15 minutes après l’effort, enveloppée dans un linge fin. Réutilisable, elle remplace définitivement le sachet de petits pois. Vérifiez le prix à jour sur la fiche produit.
Et quand la douleur empêche de dormir malgré tout ça, le Doliprane Liquiz 300 mg suspension buvable en sachet peut aider à passer le cap. Le dosage se choisit selon le poids de l’enfant, sur conseil médical, et ça reste un dépannage ponctuel : c’est l’amorti et le repos relatif qui font le travail de fond.
Le chantier finit toujours par se terminer
Le talon de votre enfant est un chantier en cours, pas une ruine. La dalle finira de durcir, le cartilage de croissance se soudera, et cette douleur disparaîtra sans laisser de trace. Votre rôle, d’ici là : baisser la charge, amortir les chocs, assouplir le mollet et garder le sport sous une autre forme.
Un mot pour la route : ne laissez pas votre enfant serrer les dents en silence pendant 6 mois. Une douleur qui résiste plus de 2 semaines mérite un avis médical, tout simplement. Et pour d’autres conseils pratiques sur les bobos du quotidien, retrouvez nos guides sur mesconseilssante.fr.
- Scharfbillig RW, Jones S, Scutter SD · Sever’s disease: what does the literature really tell us? · Journal of the American Podiatric Medical Association · 2008
- James AM, Williams CM, Haines TP · Effectiveness of interventions in reducing pain and maintaining physical activity in children and adolescents with calcaneal apophysitis (Sever’s disease): a systematic review · Journal of Foot and Ankle Research · 2013
- Vaishya R, Azizi AT, Agarwal AK, Vijay V · Apophysitis of the Tuberosity of the Calcaneus (Sever’s disease): A Review Article · Cureus · 2016
- Synthèse des sources médicales internes Mes Conseils Santé · 2026
Les informations de cet article sont basées sur les données scientifiques disponibles à la date de publication. Elles sont fournies à titre informatif et ne sauraient se substituer à un diagnostic ou à une consultation. Pour tout avis médical ou traitement, rapprochez-vous toujours de votre médecin ou de votre pharmacien.
Qu’est-ce que la maladie de Sever ?
C’est une inflammation du cartilage de croissance situé à l’arrière du talon, là où le tendon d’Achille s’accroche sur l’os. Son nom médical : apophysite calcanéenne. Elle apparaît chez l’enfant en pleine croissance, surtout quand il pratique un sport à impacts, et ne laisse aucune séquelle.
Quels sont les symptômes de la maladie de Sever ?
Une douleur à l’arrière du talon, souvent des 2 côtés, qui apparaît pendant ou après le sport. L’enfant boite, marche parfois sur la pointe des pieds, et se plaint d’une raideur douloureuse au réveil. Presser les côtés du talon réveille une douleur vive : c’est le signe le plus parlant.
À quel âge survient la maladie de Sever ?
Entre 8 et 15 ans, pendant le pic de croissance. Les os grandissent plus vite que les muscles, le tendon d’Achille tire davantage sur la zone de croissance du talon. La douleur disparaît quand la croissance osseuse se termine.
Comment soulager la maladie de Sever ?
Quatre gestes, ensemble : réduire ou mettre en pause le sport déclenchant, glacer le talon 15 minutes après l’effort, étirer doucement le mollet 2 fois par jour, et placer une talonnette amortissante dans toutes les chaussures. Si la douleur résiste après 2 semaines, direction le médecin, qui peut orienter vers un kinésithérapeute ou un podologue.
Quel sport pratiquer avec une maladie de Sever ?
La natation et le vélo, sans hésiter : ce sont des sports portés, le talon ne prend aucun choc. On met de côté la course, les sauts, le football et la gymnastique le temps que la douleur s’apaise. L’idée n’est pas d’arrêter le sport, mais de le changer quelques semaines.










