Pendant des décennies, l’hyperémèse gravidique a été mise sur le compte de l’anxiété ou d’un rejet inconscient de la grossesse. La plus grande étude génétique jamais menée sur le sujet porte à dix le nombre de gènes impliqués, dont six identifiés pour la première fois. Le débat est clos.
- Une étude portant sur 10 974 femmes atteintes et 461 461 témoins identifie dix gènes de risque, dont six jamais associés auparavant à la maladie.
- Le gène le plus fortement impliqué reste GDF15, qui code pour une hormone produite par le placenta.
- L’hyperémèse concerne environ 2 % des grossesses : ce n’est pas une nausée matinale intense, c’est une maladie.
- Des traitements existent pendant la grossesse. Vomissements qui empêchent de boire, perte de poids, vertiges : avis médical sans attendre.
Dix gènes, quatre ascendances, une démonstration
L’équipe de Marlena Fejzo, à la Keck School of Medicine de l’université de Californie du Sud, travaille sur cette question depuis des années : elle avait déjà mis en évidence le rôle central de l’hormone GDF15. Son nouveau travail, publié dans Nature Genetics en avril 2026, compare l’ADN de 10 974 femmes ayant présenté une hyperémèse à celui de 461 461 témoins, sur quatre grandes ascendances : européenne, asiatique, africaine et latino.
Dix gènes ressortent. Quatre étaient déjà connus : GDF15, le récepteur de cette hormone, et deux gènes impliqués dans le développement du placenta. Six sont nouveaux et pointent vers des mécanismes inattendus : hormones de la grossesse, régulation de l’appétit, métabolisme, plasticité cérébrale. L’un d’eux est par ailleurs l’un des principaux facteurs de risque génétiques du diabète de type 2 et du diabète gestationnel.
Ce que cette étude change d’abord, c’est le regard. Beaucoup de femmes ayant vécu une hyperémèse se sont entendu dire qu’elles exagéraient, qu’il fallait « se détendre », ou que ça passerait avec un peu de volonté. Ces phrases n’ont plus aucune base.
Ce qui fait sortir du cadre des nausées ordinaires
Les nausées de grossesse touchent la majorité des femmes enceintes et, aussi pénibles soient-elles, permettent de continuer à s’alimenter. L’hyperémèse, qui concerne environ 2 % des grossesses, c’est autre chose.
- Des vomissements répétés et incoercibles, qui empêchent de garder les liquides.
- Une perte de poids par rapport au poids d’avant la grossesse.
- Des signes de déshydratation : urines rares et foncées, bouche sèche, vertiges au lever, fatigue intense.
- L’impossibilité de mener une journée normale, de travailler, de s’occuper de ses autres enfants.
Ce qui existe, et ce qu’il ne faut pas prendre seule
Il existe des traitements, et ils sont utilisables pendant la grossesse. C’est le message le plus important, parce que beaucoup de femmes endurent des semaines de vomissements en pensant qu’il n’y a rien à faire, ou qu’aucun médicament n’est autorisé. Une association spécifiquement indiquée dans les nausées et vomissements de la grossesse existe, et d’autres options prennent le relais si elle ne suffit pas. La prescription relève du médecin ou de la sage-femme.
L’essentiel de ce 6 septembre. Dix gènes sont désormais associés à l’hyperémèse gravidique, dont six identifiés pour la première fois, sur une comparaison de 10 974 femmes atteintes et 461 461 témoins. L’hormone placentaire GDF15 reste le facteur le plus fortement impliqué : cette maladie est biologique, pas psychologique.
Vomissements qui empêchent de boire, perte de poids, vertiges au lever : ce sont des motifs de consultation immédiate. Des traitements existent pendant la grossesse, sur prescription, et aucune femme ne devrait avoir à « tenir » sans rien.
- Fejzo M., Wang X., Zöllner J., Pujol-Gualdo N., Laisk T. et al., « Multi-ancestry genome-wide association study of severe pregnancy nausea and vomiting », Nature Genetics, avril 2026, 58(4):810-820, DOI 10.1038/s41588-026-02564-4 — nature.com
- Keck School of Medicine of USC, communiqué du 14 avril 2026 — keck.usc.edu
- Fejzo M. et al., « GDF15 linked to maternal risk of nausea and vomiting during pregnancy », Nature, 2024, 625(7996):760-767.
Pharmacienne exerçant à la Pharmacie Saint Julien, je vous apporte des réponses claires, fiables et validées par une professionnelle de santé pour vous accompagner au quotidien.
Si j’ai eu une hyperémèse gravidique, l’aurai-je à nouveau ?
Le risque de récidive est élevé, et c’est justement une raison d’anticiper : signalez-le dès le début de la grossesse suivante, la prise en charge précoce change beaucoup de choses. La composante familiale est également forte.
L’hyperémèse gravidique est-elle dangereuse pour le bébé ?
Une forme sévère et prolongée, non prise en charge, peut retentir sur la croissance fœtale. C’est précisément pour cela qu’on traite, et une prise en charge adaptée permet dans l’immense majorité des cas une grossesse qui se déroule bien.
Un test génétique de l’hyperémèse gravidique est-il possible ?
Pas aujourd’hui. Ces résultats sont issus de comparaisons à l’échelle de dizaines de milliers de femmes et ne permettent aucune prédiction individuelle. Leur intérêt est ailleurs : ils ouvrent des pistes de traitement, notamment autour du blocage de la voie GDF15.










