Les nausées sévères de grossesse ne sont pas dans la tête

Actualité santé 6 septembre 2026
1 actualité santé aujourd’hui

Pendant des décennies, l’hyperémèse gravidique a été mise sur le compte de l’anxiété ou d’un rejet inconscient de la grossesse. La plus grande étude génétique jamais menée sur le sujet porte à dix le nombre de gènes impliqués, dont six identifiés pour la première fois. Le débat est clos.

✦ En bref
  • Une étude portant sur 10 974 femmes atteintes et 461 461 témoins identifie dix gènes de risque, dont six jamais associés auparavant à la maladie.
  • Le gène le plus fortement impliqué reste GDF15, qui code pour une hormone produite par le placenta.
  • L’hyperémèse concerne environ 2 % des grossesses : ce n’est pas une nausée matinale intense, c’est une maladie.
  • Des traitements existent pendant la grossesse. Vomissements qui empêchent de boire, perte de poids, vertiges : avis médical sans attendre.
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Dix gènes, quatre ascendances, une démonstration

L’équipe de Marlena Fejzo, à la Keck School of Medicine de l’université de Californie du Sud, travaille sur cette question depuis des années : elle avait déjà mis en évidence le rôle central de l’hormone GDF15. Son nouveau travail, publié dans Nature Genetics en avril 2026, compare l’ADN de 10 974 femmes ayant présenté une hyperémèse à celui de 461 461 témoins, sur quatre grandes ascendances : européenne, asiatique, africaine et latino.

Dix gènes ressortent. Quatre étaient déjà connus : GDF15, le récepteur de cette hormone, et deux gènes impliqués dans le développement du placenta. Six sont nouveaux et pointent vers des mécanismes inattendus : hormones de la grossesse, régulation de l’appétit, métabolisme, plasticité cérébrale. L’un d’eux est par ailleurs l’un des principaux facteurs de risque génétiques du diabète de type 2 et du diabète gestationnel.

Une question de sensibilité, pas de mental GDF15 est produite par le placenta et sa concentration monte très vite en début de grossesse : c’est elle qui déclenche les aversions alimentaires, les nausées et les vomissements. Les travaux antérieurs de cette équipe, publiés dans Nature en 2024, ont montré que les femmes les plus touchées sont souvent celles qui produisaient peu de GDF15 avant la grossesse : leur organisme, peu habitué à cette hormone, réagit violemment à sa montée brutale.

Ce que cette étude change d’abord, c’est le regard. Beaucoup de femmes ayant vécu une hyperémèse se sont entendu dire qu’elles exagéraient, qu’il fallait « se détendre », ou que ça passerait avec un peu de volonté. Ces phrases n’ont plus aucune base.

Ce qui fait sortir du cadre des nausées ordinaires

Les nausées de grossesse touchent la majorité des femmes enceintes et, aussi pénibles soient-elles, permettent de continuer à s’alimenter. L’hyperémèse, qui concerne environ 2 % des grossesses, c’est autre chose.

  • Des vomissements répétés et incoercibles, qui empêchent de garder les liquides.
  • Une perte de poids par rapport au poids d’avant la grossesse.
  • Des signes de déshydratation : urines rares et foncées, bouche sèche, vertiges au lever, fatigue intense.
  • L’impossibilité de mener une journée normale, de travailler, de s’occuper de ses autres enfants.
Point de vigilance Un ou plusieurs de ces signes justifient un avis sans attendre. La déshydratation et les carences se corrigent d’autant mieux qu’on intervient tôt, et une hospitalisation courte pour réhydratation n’a rien d’un échec : c’est le traitement.

Ce qui existe, et ce qu’il ne faut pas prendre seule

Il existe des traitements, et ils sont utilisables pendant la grossesse. C’est le message le plus important, parce que beaucoup de femmes endurent des semaines de vomissements en pensant qu’il n’y a rien à faire, ou qu’aucun médicament n’est autorisé. Une association spécifiquement indiquée dans les nausées et vomissements de la grossesse existe, et d’autres options prennent le relais si elle ne suffit pas. La prescription relève du médecin ou de la sage-femme.

Aucune automédication pendant la grossesse Cela inclut les produits vendus sans ordonnance, les huiles essentielles et les tisanes. Le gingembre, souvent cité, a une efficacité modeste sur les nausées légères et n’a aucune place dans une hyperémèse.
Le conseil de la pharmacie Quand la forme reste modérée : fractionnez les prises alimentaires plutôt que de faire de vrais repas, buvez par petites quantités régulières en dehors des repas, frais plutôt que chaud, évitez les odeurs de cuisson qui sont souvent le déclencheur principal, levez-vous lentement et mangez quelque chose de sec avant de sortir du lit. Et si vous êtes à bout, dites-le : le retentissement psychologique fait partie de la prise en charge.
✦ Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce 6 septembre. Dix gènes sont désormais associés à l’hyperémèse gravidique, dont six identifiés pour la première fois, sur une comparaison de 10 974 femmes atteintes et 461 461 témoins. L’hormone placentaire GDF15 reste le facteur le plus fortement impliqué : cette maladie est biologique, pas psychologique.

Vomissements qui empêchent de boire, perte de poids, vertiges au lever : ce sont des motifs de consultation immédiate. Des traitements existent pendant la grossesse, sur prescription, et aucune femme ne devrait avoir à « tenir » sans rien.

Sources
  1. Fejzo M., Wang X., Zöllner J., Pujol-Gualdo N., Laisk T. et al., « Multi-ancestry genome-wide association study of severe pregnancy nausea and vomiting », Nature Genetics, avril 2026, 58(4):810-820, DOI 10.1038/s41588-026-02564-4 — nature.com
  2. Keck School of Medicine of USC, communiqué du 14 avril 2026 — keck.usc.edu
  3. Fejzo M. et al., « GDF15 linked to maternal risk of nausea and vomiting during pregnancy », Nature, 2024, 625(7996):760-767.
ℹ️ Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de doute, de symptôme ou de traitement en cours, parlez-en à votre médecin, à votre pharmacien ou à votre équipe officinale. Mentions légales complètes
Mercédès Monziols, pharmacienne à la Pharmacie Saint Julien
Rédigé par Mercédès Monziols Pharmacienne — Pharmacie Saint Julien

Pharmacienne exerçant à la Pharmacie Saint Julien, je vous apporte des réponses claires, fiables et validées par une professionnelle de santé pour vous accompagner au quotidien.

Si j’ai eu une hyperémèse gravidique, l’aurai-je à nouveau ?

Le risque de récidive est élevé, et c’est justement une raison d’anticiper : signalez-le dès le début de la grossesse suivante, la prise en charge précoce change beaucoup de choses. La composante familiale est également forte.

L’hyperémèse gravidique est-elle dangereuse pour le bébé ?

Une forme sévère et prolongée, non prise en charge, peut retentir sur la croissance fœtale. C’est précisément pour cela qu’on traite, et une prise en charge adaptée permet dans l’immense majorité des cas une grossesse qui se déroule bien.

Un test génétique de l’hyperémèse gravidique est-il possible ?

Pas aujourd’hui. Ces résultats sont issus de comparaisons à l’échelle de dizaines de milliers de femmes et ne permettent aucune prédiction individuelle. Leur intérêt est ailleurs : ils ouvrent des pistes de traitement, notamment autour du blocage de la voie GDF15.

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