SPM et TDPM : pourquoi plus de la moitié des cas passent inaperçus

Actualité santé 28 août 2026
1 actualité santé aujourd’hui
Sautes d’humeur incontrôlables, tristesse ou colère intense, dans les jours précédant les règles. Si ces symptômes vous semblent familiers, vous n’êtes peut-être pas seulement « sensible au syndrome prémenstruel ». Vous souffrez peut-être d’un trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), une maladie à part entière, reconnue par l’OMS, et pourtant encore largement méconnue.
✦ En bref
  • Le TDPM, forme sévère du SPM, touche 3 à 8 % des femmes en âge de procréer.
  • Plus de la moitié des cas ne sont pas diagnostiqués, souvent confondus avec un trouble bipolaire ou une dépression.
  • Il est officiellement reconnu dans le DSM-5 (2013) et la classification de l’OMS (CIM-11, 2019).
  • Des traitements efficaces existent : antidépresseurs ISRS, contraception à la drospirénone, thérapie cognitivo-comportementale.
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SPM et TDPM : quelle différence ?

Le syndrome prémenstruel (SPM) est très fréquent. Selon les études, il concerne entre 13 et 70 % des femmes en âge de procréer. Au menu, des symptômes physiques (tension mammaire, ballonnements, maux de tête) et émotionnels (irritabilité, fatigue, tristesse) d’intensité modérée. Ils apparaissent dans la phase lutéale, les jours précédant les règles, et disparaissent à leur arrivée.

Le TDPM joue dans une autre catégorie

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) touche 3 à 8 % des femmes en âge de procréer et se caractérise par des symptômes majoritairement psychiques et psychiatriques : labilité émotionnelle marquée, irritabilité ou colère intense, humeur dépressive, anxiété marquée, sentiment de perte de contrôle. Dans les formes les plus sévères, des idées suicidaires, avec un risque significativement accru documenté par la recherche. Le diagnostic demande au moins 5 symptômes, dont au moins un lié à l’humeur, survenant régulièrement dans la semaine précédant les règles et se résolvant dans la semaine suivante.

Où trouver de l’aide

Si vous traversez une période difficile et que ces pensées deviennent envahissantes, parlez-en à votre médecin traitant, à un gynécologue ou à un psychiatre. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit, confidentiel et joignable 24h/24, 7j/7.

Pourquoi tant de femmes ne sont pas diagnostiquées

Plus de la moitié des cas de TDPM ne sont pas diagnostiqués selon les spécialistes, malgré un impact majeur sur la qualité de vie.

Quatre raisons qui se cumulent

  • Le diagnostic est fréquemment confondu avec un trouble bipolaire ou avec l’exacerbation prémenstruelle d’une dépression préexistante.
  • Il exige un suivi prospectif des symptômes sur au moins deux cycles menstruels consécutifs. Une évaluation rétrospective, faite de mémoire, n’est pas fiable. Le parcours diagnostique s’allonge d’autant.
  • Le sujet reste tabou. Beaucoup de femmes minimisent leurs symptômes, ou les rangent dans la case du « syndrome prémenstruel un peu plus fort que la moyenne ».
  • Le TDPM figure dans le DSM-5, le manuel de référence en psychiatrie, depuis 2013 seulement, et dans la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11) depuis 2019. Une reconnaissance récente, qui explique en partie le manque de formation de certains professionnels.

Cette reconnaissance officielle par l’OMS change pourtant beaucoup de choses. Elle légitime le trouble comme une véritable pathologie médicale, à la fois gynécologique et psychiatrique, qui appelle une prise en charge spécifique. Pas un « syndrome à supporter ».

Les traitements qui fonctionnent vraiment

Voilà la bonne nouvelle, et elle mérite d’être répétée : contrairement à une idée reçue tenace, des traitements efficaces existent, validés par des études solides.

Première intention, formes résistantes, accompagnement

En première intention, les antidépresseurs ISRS (sertraline, fluoxétine, escitalopram) constituent le traitement le mieux documenté. Fait notable : leur effet sur les symptômes du TDPM est rapide, souvent en moins de 48 heures, alors que leur délai d’action habituel dans la dépression classique se compte en semaines. Ils peuvent être pris en continu, ou uniquement pendant la phase lutéale, les deux semaines précédant les règles.

  • La contraception œstroprogestative à la drospirénone, qui bloque les fluctuations hormonales cycliques à l’origine du trouble.
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), efficace seule ou associée à un traitement médicamenteux.
  • En cas de symptômes sévères et résistants : agonistes de la GnRH, approches hormonales spécialisées, à discuter avec un gynécologue ou un psychiatre spécialisé.
  • En accompagnement : activité physique régulière, limitation de la caféine, de l’alcool et du sucre, apports en magnésium et en vitamine B6.
Point de vigilance

Les mesures d’accompagnement complètent la prise en charge, elles ne remplacent pas un traitement médical dans les formes sévères. Tout traitement médicamenteux se met en place avec un professionnel de santé.

Comment obtenir un diagnostic fiable

Tout repose sur un outil simple, et gratuit : un agenda des symptômes tenu quotidiennement sur au moins deux cycles menstruels. Vous y notez chaque jour la nature et l’intensité de ce que vous ressentez.

La preuve est dans le calendrier

Pourquoi ça compte autant ? Parce que c’est ce calendrier qui objective le lien entre vos symptômes et votre cycle. C’est la preuve que la mémoire seule ne peut pas fournir, et c’est l’étape indispensable avant tout diagnostic formel. Apportez-le à un gynécologue ou à un psychiatre.

Femme écrivant dans un carnet à son bureau, dans la lumière naturelle du jour
Deux cycles notés chaque jour. C’est ce qui débloque le diagnostic.
Le conseil de la pharmacie

Notez chaque jour, pendant deux cycles complets, ce que vous ressentez et à quelle intensité. Un carnet ou une note sur votre téléphone suffisent. C’est ce document, et lui seul, qui fera avancer la consultation.

✦ Ce qu’il faut retenir

L’essentiel de ce 28 août

Le TDPM n’est pas « dans la tête » des femmes qui en souffrent. C’est une maladie reconnue, documentée, avec des traitements dont l’efficacité est établie.

Vos symptômes prémenstruels vous semblent disproportionnés, ou pèsent sérieusement sur votre quotidien ? Commencez par tenir un agenda sur deux cycles, puis consultez un professionnel de santé. Se sentir entendue et prise au sérieux est souvent la première étape vers un vrai soulagement.

Sources
  1. DSM-5 · 2013.
  2. Classification internationale des maladies · OMS · CIM-11 · 2019.
  3. Cochrane · revue sur les ISRS dans le SPM et le TDPM.
  4. CMAJ · 2025.
  5. Medscape · février 2026.
ℹ️

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre informatif et de vulgarisation scientifique. Elles ne constituent pas un avis médical et ne sauraient remplacer une consultation avec un professionnel de santé. En cas de doute ou de symptômes, consultez votre médecin ou votre pharmacien. Mentions légales complètes.

Julien Azaïs, pharmacien à la Pharmacie Saint Julien
Rédigé par
Julien Azaïs
Pharmacien — Pharmacie Saint Julien
Pharmacien passionné par l’accompagnement de mes patients au quotidien. Amoureux de la nature et des grands espaces, c’est là que je puise mon énergie pour exercer avec enthousiasme.

Comment savoir si j’ai un SPM classique ou un TDPM ?

La différence principale est l’intensité des symptômes psychiques et leur retentissement sur la vie quotidienne. Si vos symptômes prémenstruels perturbent significativement votre travail, vos relations ou votre humeur au point de vous faire souffrir, un avis médical spécialisé est recommandé.

Le TDPM peut-il apparaître à tout âge ?

Oui, il peut apparaître à la puberté, après une grossesse, ou à la suite d’un choc émotionnel, à n’importe quel moment de la vie génitale. Les symptômes tendent à s’atténuer pendant la grossesse et à la ménopause, mais peuvent s’aggraver en périménopause.

Les antidépresseurs sont-ils à prendre toute l’année ?

Non, pas nécessairement. Ils peuvent être prescrits uniquement pendant la phase lutéale, les 14 jours avant les règles, avec un effet rapide. Ça évite une prise continue quand les symptômes sont bien cycliques.

Existe-t-il un traitement définitif du TDPM ?

Dans les formes les plus sévères et résistantes à tout traitement, une option chirurgicale (ablation des ovaires) peut être discutée en dernier recours. Elle reste exceptionnelle, et n’est envisagée qu’après épuisement des autres options.

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